12e édition de TranscenDanses au Théâtre des Champs-Elysées
Vony Sarfati - DR
Depuis la première édition en 2014, la saison TranscenDanses du Théâtre des Champs-Elysées est devenue un rendez-vous incontournable des amateurs – et des curieux – de danse. La prochaine saison ne fait pas exception et s’annonce variée et passionnante.
Rencontre avec Vony Sarfati, directrice générale des Productions Internationales Albert Sarfati, productrice de TranscenDanses.
Artistik Rezo : Pouvez-vous nous présenter les Productions Internationales Albert Sarfati – PIAS – et votre rôle ?
V S : Ce bureau a été créé en 1948 par mon père Albert Sarfati qui a été le premier à faire venir, en France, les grands orchestres russes et américains. A son décès, en 1992, nous avons repris la suite, ma mère, ma sœur et moi et nous nous sommes partager les rôles. A ma mère, ancienne danseuse, la direction artistique, à ma sœur, l’organisation des tournées et moi, qui avait fait des études de droit et d’économie, la production. Mon père travaillait beaucoup avec la Russie et le Japon mais, il y a trente ans, c’était encore très compliqué, pour des femmes, de se faire accepter là-bas. Ce qu’il faisait n’étant plus possible, nous avons fait évoluer nos activités
Votre métier a donc évolué depuis 1992. Quelles sont les activités de PIAS aujourd’hui ?
V S : Mon père louait la salle Pleyel pour les concerts qu’il produisait. Maintenant, beaucoup de salles, notamment la Philharmonie, produisent elle-même leur programmation. Cela a bouleversé le métier car elles ont des moyens que les producteurs privés n’ont pas. A quelques exceptions comme, la saison prochaine, les récitals d’Evgeny Kissin et d’Igor Levit ou encore, la soirée avec Lang Lang et l’orchestre symphonique de Boston à la Philharmonie ou celle avec l’orchestre philharmonique de Liverpool et Sonia Yoncheva au Théâtre des Champs-Elysées, nous ne produisons plus que très peu de concerts de musique classique. Nous faisons plus de tournées, de la programmation et de la création -seul ou en coproduction – comme cela a été le cas récemment avec Gigenis d’Akram Khan ou Bantu de Gregory Maqoma, programmé en septembre au Théâtre de la Ville.
Depuis 2014, vous assurez la production de TranscenDanses, la saison danse du Théâtre des Champs-Elysées (TCE). Comment cela a-t-il commencé ?
V S : Quand Michel Franck est arrivé à la direction du Théâtre des Champs-Elysées, nous nous connaissions déjà. Nous produisions des spectacles de danse mais c’était au coup par coup. Je lui ai proposé de faire une vraie saison. Il a été très enthousiaste de faire revenir la danse dans cette salle où elle a une histoire. C’était aussi une manière de renouveler le public, préoccupation commune à tous les directeurs de salle. L’idée était de faire une véritable saison en conservant un équilibre avec les autres genres représentés – opéra, récital, musique symphonique. Le théâtre nous donne donc, par saison, 3 à 5 périodes d’une durée figée et il faut entrer dans ce cadre. C’est contraignant mais grâce à l’anticipation – par exemple, nous travaillons déjà sur la saison 2029 / 2030 -, nous arrivons à nous organiser avec les compagnies. Nous avons donc commencé avec la saison 2014 / 2015 avec une soirée Kylian par le Ballet de Norvège. J’ai une profonde admiration pour Kylian, je voulais démarrer l’aventure TranscenDanses avec lui et il m’a suggéré le Ballet de Norvège, compagnie formidable qui n’était encore jamais venue en France.
Y a-t-il une particularité des spectateurs du TCE ?
V S : C’est un public fidèle, très attaché à la musique et qui s’implique. Programmer un ballet très contemporain serait très difficile. Il y a dans Paris qu’autres lieux pour cela et je suis très vigilante à ne pas empiéter sur les directions artistiques des autres salles parisiennes. Nous avons réussi à provoquer, chez le public des habitués, de la curiosité. Quand Akram Khan est venu, c’était une grande découverte pour certains. Nous essayons d’amener de la diversité. C’est la première fois qu’il y a eu une soirée 100% indienne avec Gigenis d’Akram Khan ou africaine avec, cette année, la soirée Josephine de Germain Acogny / Le Sacre du printemps interprété par l’Ecole des Sables. La danse a aussi fait venir un public plus jeune qui n’était jamais venu ici.
Comment choisissez-vous les spectacles ou les compagnies ?
V S : C’est complètement subjectif. Je choisis des spectacles qui me touchent et que j’ai envie de montrer, de partager avec d’autres. C’est l’essentiel mais ce n’est pas toujours facile car il y’a des choses magnifiques que j’ai vues et que je ne peux pas faire venir car trop chères ou trop compliquées techniquement. Je voyage beaucoup, je vois beaucoup de chose car j’aime voir ce que je présente mais ce n’est pas non plus toujours le cas. Quand j’ai programmé Le Voyage d’hiver de Preljocaj, il n’avait pas encore été créé à la Scala. Mais c’est typiquement le genre de pièce, avec voix et piano, faite pour le TCE. Je suis très vigilante à la cohérence artistique.
Vous commencez la saison prochaine avec la venue du Malandain Ballet Biarritz, pour la première fois au TCE
V S : Rachid Ouramdane m’a contactée car il souhaitait accueillir Thierry Malandain à Chaillot pour sa dernière saison au Ballet Biarritz mais ce n’était pas possible avec les travaux en cours. Avec la direction du Théâtre des Champs- Elysées, nous avons réussi à avoir une période supplémentaire. Cela me tenait à cœur de célébrer Thierry Malandain qui aura passé plus de trente ans à la tête de sa compagnie et je suis très heureuse d’ouvrir la saison avec cette soirée qui rassemblera L’Oiseau de feu, Boléro et Minuit et demi ou le cœur mystérieux.

L’Oiseau de feu © Olivier Houeix
Présentez-nous cette nouvelle saison TranscenDanses ?
V S : Le Ballet de Boston, venu pour la première fois à Paris avec nous avec Blake works qui marquait le retour à la chorégraphie de Forsythe, est de retour. C’est une compagnie de très haut niveau et son directeur, Mikko Nissinen, fait un travail extraordinaire dans une ville très conservatrice. La soirée comprendra Cacti d’Alexander Ekman et Vertical Road revisité par Akram Khan pour la compagnie. C’est formidable de voir les danseurs de Boston s’emparer de ce style si particulier.
En janvier, nous accueillerons le Ballet de l’Opéra de Lyon avec une soirée réunissant deux univers très différents, House de Sharon Eyal et Le Sacre du printemps de Mats Ek, créé pour l’English National Ballet. Dès qu’il y a un Sacre, on est très preneur au TCE (rire) et puis nous avons une relation au long cours avec Mats Ek.
Nous retrouverons ensuite Alexander Ekman en mars, avec sa version du Songe d’une nuit d’été par le Joffrey Ballet, la grande compagnie de Chicago qui n’est pas venue à Paris depuis au moins dix ans. Quant à Ekman, il est venu pour la première fois à Paris avec nous, avant sa création Play pour l’Opéra de Paris. C’était Swan Lake par le Ballet de Norvège, Ballet de Norvège avec qui nous finirons la saison avec un programme de 5 pièces célébrant les 80 ans de Jiri Kylian. Nous avions envie de faire découvrir Kylian pour ceux qui n’auraient pas encore eu l’occasion de voir ses pièces et d’offrir une belle rétrospective. Nous avons beaucoup de plaisir à travailler avec le Ballet de Norvège et Ingrid Lorentzen est une formidable directrice qui l’a fait évoluer de manière remarquable en dix ans.

No more-play de J Kylian © Joachim Wiesner
Pour terminer, quelques mots sur le programme van Manen qui débutera jeudi 25 juin et qui termine cette saison TranscenDanses ?
V S : Hans van Manen fait partie, pour moi, des grands chorégraphes du 20ème siècle. Il a marqué son temps et je voulais le faire découvrir au public parisien. Nous avons créé ensemble ce programme de 5 pièces, comme une rétrospective. Malheureusement, Hans van Manen est décédé en décembre dernier, cela sera donc particulièrement émouvant. Nous sommes la seule salle, hors Pays-Bas, à lui rendre cet hommage. Cela sera aussi une soirée très émouvante car Ted Bransen, directeur du Dutch National Ballet depuis plus de vingt ans, partira à la retraite à la fin de la saison.

Adagio Hammerklavier par le Dutch National Ballet © Hans Gerritsen
Propos recueillis par Stéphanie Nègre
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